Au commencement, il n’y avait rien, ou presque. Six acteurs, dont le metteur en scène qui les a réunis, avec deux scénographes et un producteur, et qui cherchent la route de l’Orient. Un terrain vague devenu parking, où l’imagination et la mémoire allaient devoir creuser.
Au commencement, il y avait trois Chinatown, celui de Québec, dans les années 30, qui allait servir de toile de fond au dragon vert, printanier, aquatique; celui de Toronto, prospère au milieu du siècle, décor du dragon rouge, de terre et de feu; celui, florissant, du Vancouver des années 80, où se déploierait le dragon blanc, automnal et aérien. Il y avait la Chine imaginaire, de mythe et de pacotille, Tintin et le lotus bleu, Tao, Yi King, mah jong, taï chi, buanderies et mets chinois, yin, yang, pousse-pousse, chin chin et made in Hong Kong. Il y avait l’histoire de la tante Marie-Paule mariée à un Chinois, la mère dans les CWAC, le gardien du stationnement et sa cabane et une boule de verre qui jouait une musique japonaise.
Au commencement, il y a Françoise et Jeanne. Elles ont douze ans, elles sont inséparables. Elles jouent au magasin avec des boîtes à chaussures, faisant apparaître la rue St-Joseph et ses boutiques. Il y a Lépine le croque-mort… Il y a le salon de barbier du père de Jeanne, où celle-ci croise les regards de Bédard, dont les cheveux roux la fascinent… Il y a la blanchisserie du vieux Wong, où aboutit par un soir frisquet William S. Crawford, venu d’Angleterre dans l’espoir d’installer son négoce à Québec…