Concerts classiques - La magie la plus pure

4 août 2011, Christophe Huss, Le Devoir

Grégoire Legendre, le directeur de l’Opéra de Québec, le maire Labeaume et la ministre Christine St-Pierre ont, main dans la main, réussi leur pari: implanter à Québec un festival d’opéra ambitieux, de haute qualité mais pas élitiste. Amener à Québec Le Rossignol et autres fables était tout à fait emblématique. D’une part, c’est l’un des plus beaux spectacles lyriques créés sur la planète ces dernières années. D’autre part, les concepteurs en sont l’équipe d’Ex Machina, autour de Robert Lepage.

Il est impossible de commenter Le Rossignol et autres fables sans recourir aux mots «magie» et «féerie». Parmi les autres fables, on trouve Renard ou les haïkus musicaux de Pribaoutki, toute une constellation de rejetons d’une partition fondatrice de Stravinski: Les Noces. De ce point de vue, la vocalité des quatre solistes de Renard était très adéquate, avec une mention particulière au ténor Edgaras Montvidas et au baryton Nabil Suliman dans ses habiles jeux de fausset.

Les pièces brèves sont illustrées par des jeux d’ombres chinoises, Renard par des acrobaties derrière un paravent. Partout, dans Le Rossignol et autres fables, il y a ceux qui chantent et ceux qui agissent. L’idée, géniale, du Rossignol proprement dit est la transposition d’échelle. Les chanteurs manipulent des marionnettes. Lepage évite ainsi toute grandiloquence dans la narration visuelle de cette histoire qui se déroule à la cour de l’empereur de Chine.

Le pari osé, source inépuisable d’invention, c’est la transformation de la fosse d’orchestre en piscine où se déroule la majorité de l’action. C’est beau, raffiné, poétique et juste. D’autre part, la balance des voix avec l’orchestre au fond de la scène est parfaite.

À la tête de l’Orchestre symphonique de Québec, le chef Johannes Debus, sobre et pondéré, se montre très affûté rythmiquement. Les choeurs de l’Opéra de Québec endossent des habits et les accents russes avec un engagement total. Au sein de la distribution, on remarque, outre les deux voix masculines précitées, la soprano Elena Semenova et, surtout, le Rossignol de Julia Novikova, qui n’a rien à envier à Natalie Dessay dans sa légendaire incarnation.

Beaucoup plus que la perfection de l’ensemble, c’est l’inventivité forcenée toujours au service de l’éloquence et du soutien narratif qui sidère dans ce spectacle béni.

 
 
 
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