Première du «Moulin à images»: une oeuvre touchante et intelligente

Le samedi 21 juin 2008, Julie Lemieux, Le Soleil

Ce ne sont pourtant que de simples silos à grains, mais avec son Moulin à images, Robert Lepage leur donne la vie. Sous nos yeux, cette froide structure de béton et de métal nous émeut, nous fait rire, nous éblouit et nous montre Québec comme on ne l’a jamais vue.

Le créateur rêvait de jouer avec la Bunge depuis des années. On peut dire aujourd’hui que le jeu en valait la chandelle. Il n’y avait que lui pour penser à se servir de ces silos pour nous présenter sa ville natale de façon aussi touchante et intelligente. Lors que le spectacle s’éteint après 40 minutes d’intensité, on a envie d’un rappel. On rêve que ces silos soient à jamais illuminés parce que jamais on n’aurait cru qu’ils pouvaient être aussi beaux.

2008 visages

Au fil des secondes, la Bunge prend 2008 visages. Elle se transforme tour à tour en ciel étoilé, en habitation de Champlain, en pont de Québec qui s’écroule, en usine de textiles, en munitions, en champ de bataille, en feu indomptable, en radio, en locomotive, en piano, en aéroport, en parade du Carnaval, en échantillons de peinture Sico, en tableaux de Lemieux ou Archambault. Et chaque fois, le spectateur est soufflé. Un véritable cadeau.

Le cerveau a peine à tout enregistrer et il faudra voir ce spectacle plusieurs fois et de plusieurs endroits pour tout saisir, pour tout savourer. Chose certaine, Robert Lepage a bien raison de dire que «la totale» se passe sur les quais. Les journalistes avaient été invités à voir le spectacle sur une plateforme sur l’eau. Mais l’expérience n’a rien à voir avec celle que l’on vit au milieu du son qui nous parvient de partout une fois installés sur les quais. Le créateur parlait du son comme d’une merveille avant la première du spectacle. Et il avait bien raison, à la condition qu’on se place au bon endroit pour l’écouter.

Chemins d’eau, de terre, de fer et d’air

Robert Lepage réussit à faire revivre devant nous tous les personnages qui ont marqué Québec, qui l’ont forgée, qui l’ont aimée, qui l’ont abandonnée. Personne n’a été oublié. Les thèmes des chemins d’eau, de terre, de fer et d’air collent à la peau de cette ville qu’on comprend encore mieux après la projection. Même si la foule n’était pas si compacte sur les quais hier soir, ce spectacle sera assurément un grand hit du 400e. Un rendez-vous ludique, passionnant, qui plaît tant par son aspect grandiose que par son contenu dense et enrichissant.

 
 
 
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