La Société du 400e anniversaire de Québec persiste et signe. Moins d’une semaine après le tumulte entourant l’annonce du départ de deux directeurs (neuf personnes occupant des postes clés sont parties ou ont été remerciées depuis le début de l’année), l’organisation dévoilait hier une des pièces majeures de sa programmation estivale: le très attendu Moulin à images de Robert Lepage.
La conférence de presse très courue organisée pour souligner l’événement aurait d’ailleurs pu s’intituler The Show Must Go On… Et le show en question impressionne. En plein coeur du Vieux-Port, on transformera littéralement les immenses silos à grain de la compagnie Bunge en un gigantesque écran de ciné-parc urbain sur lequel Lepage racontera «son» histoire de Québec. Un écran démesuré qui sera composé de 81 silos d’une dimension totale de… 600 mètres sur 30: le plus grand écran de cinéma jamais utilisé au monde, nous assure-t-on. Vingt-sept projecteurs vidéo très puissants, 238 appareils d’éclairage en tout genre et 329 haut-parleurs auront la lourde tâche de transformer cette masse de béton gris en une fresque animée qui sera visible (et audible) à partir d’un nombre incalculable de points de vue, Lévis y compris. En plus de la sonorisation extérieure du lieu (les plaisanciers de la marina adjacente sont avertis), la bande sonore, signée René Lussier, sera aussi diffusée en direct tous les soirs sur les ondes de CKIA-FM.
En entrevue au Devoir, Robert Lepage a tenu à insister sur le caractère esthétique du monstre. C’est d’ailleurs lui qui a vendu l’idée de ce projet de près de cinq millions de dollars à la Société du 400e. «Pour beaucoup de gens, cet édifice c’est un clou qui dépasse. Mais ça fait longtemps que je me dis que ces silos ont du potentiel. Avec les projections, je veux les rendre transparents, les faire bouger.»
Le spectacle de près d’une heure qu’on y présentera découpera l’histoire de Québec en quatre parties qui illustreront chacune un siècle d’histoire, du «chemin d’eau» du XVIIe siècle au «chemin d’air» que les télécommunications sont devenues aujourd’hui. Lepage précise que ce sera «davantage un voyage impressionniste que strictement historique. Nous voulons faire réfléchir les gens sur la notion de ville et de durée».
Le studio de création d’Ex Machina, où 32 personnes s’activent, est actuellement bourdonnant. Déjà, parmi le filage, au milieu des dizaines d’écrans et de serveurs (on est résolument chez Lepage), on peut y voir une maquette de cinq mètres de long sur laquelle on projette certaines séquences qui seront utilisées l’été prochain. Même au 1/500e, le résultat est déjà époustouflant. Rendez-vous au Vieux-Port de Québec du 20 juin au 29 juillet pour ce Lepage grand public qui sera présenté 40 fois.