La Face cachée de la Lune: voyage au coeur de l’enfance

Le 14 janvier 2011, Éric Moreault, Le Soleil

Yves Jacques reprend au Trident le rôle créé en 2000 par Robert Lepage dans «La face cachée de la Lune».

(Québec) Dix ans après sa création, l’émotion que suscite La face cachée de la Lune demeure intacte. Ce voyage au coeur de l’enfance et de la conquête de l’espace imaginé par Robert Lepage demeure toujours aussi fascinant, tant dans sa mise en scène magistrale que dans son propos rempli d’humanité sur la vie et la mort. Et ça, c’est aussi grâce à la prestation sans faute d’Yves Jacques.

Dans La face cachée…, André et Philippe sont confrontés à la mort récente de leur mère. Les frères sont les deux faces d’une même médaille (comme la Lune) : totalement dissemblables, mais unis par les liens du sang. Le traumatisme leur permettra d’affronter leurs tourments, mais aussi de se rapprocher. La pièce se veut aussi une réflexion sur l’enfance et sur son influence sur notre destin.

Yves Jacques reprend au Trident le rôle créé par Robert Lepage, en 2000. L’acteur de Québec a depuis endossé les habits des deux frères à pas moins de 170 reprises, entre 2001 et 2005. Et ça paraît. Il a une aisance à se glisser dans leur peau qui fait (presque) oublier la superbe prestation de Lepage. Son éclatant succès de metteur en scène éclipse souvent le formidable acteur qu’il est dans les rôles de composition.

Honnêtement, il est difficile d’imaginer qu’un autre acteur qu’Yves Jacques aurait pu relever ce défi avec autant de brio. Semblable, tout en étant complètement différent (comme deux frères), au point où c’en est troublant… Sa fragilité, quand il incarne ce perdant sympathique de Philippe, nous touche droit au coeur. Quant au vaniteux André, il réussit à laisser voir que son assurance n’est qu’une façade qui masque sa futilité.

Grâce à Philippe, un rêveur qui a la tête dans les étoiles, le spectateur assiste aussi à la formidable course vers la Lune qui a opposé les Russes aux Américains. Les projections d’archives et l’utilisation de marionnettes pour l’illustrer permettent des transitions en douceur quand Yves Jacques doit passer d’un personnage à l’autre. Ce qu’il fait d’ailleurs avec une facilité déconcertante.

Évidemment, à l’époque, La face cachée… démontrait l’étendue de l’habileté presque surnaturelle de Robert Lepage à transformer la matière par le seul pouvoir d’évocation. On a beau s’être un peu habitué, c’est toujours aussi impressionnant. Une simple planche à laver se transforme en appareil de musculation, en banc, en
scooter et même en petit enfant, bordel! Quant à l’impressionnant dispositif scénique qu’il déploie, il est au service de la représentation.

Bon. On oublie presque à quel point Lepage a le verbe truculent et le sens du détail. Il illustre le quotidien sans jamais que ce soit trivial. C’est une de ses principales forces.

La programmation du 40e anniversaire du Trident aurait été incomplète sans un Lepage, une scène où il a triomphé à tant de reprises et où il démontre, encore une fois, avec cette de reprise de La face cachée de la Lune, sa grande polyvalence.

La face cachée de la Lune demeure à l’affiche du théâtre du Trident jusqu’au 5 février. Mais une supplémentaire vient d’être annoncée pour le 8 février. Les billets sont en vente à compter de ce midi.

 
 
 
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