Débuts de Lepage au Met: une vitrine unique pour Ex Machina

Le 7 novembre 2008, Richard Boisvert, Le Soleil

Metropolitan Opera

(New York) Avec La damnation de Faust, à l’affiche au Metropolitan Opera à compter de vendredi, Robert Lepage a enfin l’occasion d’exposer son travail sur les plus grandes scènes de New York. Cette vitrine a d’autant plus de chance d’attirer l’attention qu’elle intègre pour la première fois le concept d’interactivité vidéo à l’opéra.

«Il y a beaucoup de curiosité dans l’air, note Bernard Gilbert, le directeur de production des projets d’opéra d’Ex Machina. Robert n’est pas aussi connu à New York qu’il l’est à Londres. Les gens veulent savoir où il va les emmener. Je crois qu’ils auront une partie de la réponse avec La damnation.» 

À vrai dire, le spectacle suscite de l’intérêt pour de nombreuses raisons. Rappelons d’abord que cette «légende dramatique» composée par Hector Berlioz d’après l’oeuvre de Goethe a été entendue pour la dernière fois au Met, il y a plus d’un siècle. Aussi bien dire qu’il s’agit d’une première. Le renouvellement complet de l’imagerie vidéo du spectacle créé au Japon en 1999 et monté trois fois déjà à Paris lui confère un caractère de nouveauté.

Que figure sur l’affiche le nom de la mezzo-soprano américaine Susan Graham (Marguerite), du ténor italien Marcello Giordani (Faust) et du baryton canadien John Relyea (Méphistophélès) ne doit pas nuire non plus.

Pour la direction du Met, La damnation de Faust est une façon d’initier son public à l’approche de Robert Lepage. Du côté d’Ex Machina, pour qui le Met est un tremplin extraordinaire, l’oeuvre de Berlioz constitue une étape préparatoire qui doit déboucher sur la Tétralogie, le monumental cycle d’opéras de Wagner qui s’ouvre avec la saison 2010-2011. Le processus de création est déjà entamé. On sait par ailleurs que le baryton Bryn Terfel, le ténor Ben Heppner et la soprano Deborah Voigt feront partie de la distribution.

Dans cette perspective, le spectacle - dont vous pourrez lire la critique de la première dans notre numéro de dimanche - sert en quelque sorte de laboratoire pour l’intégration de nouvelles technologies vidéo. Celles-ci ont déjà été mises à l’épreuve dans Kà, le spectacle permanent du Cirque du Soleil à Las Vegas créé par Robert Lepage en 2005.

Le dispositif interactif qui s’appuie sur l’utilisation de puissants logiciels permet de contrôler une projection vidéo à partir de la voix, du mouvement des interprètes ou du jeu des instruments, selon le cas. En principe, les effets qu’on désire obtenir épouseront les multiples inflexions naturelles de la musique. En pratique, l’ajustement d’une technologie aussi complexe donne, semble-t-il, de bons maux de tête aux programmateurs.

D’égal à égal

Les débuts de Robert Lepage au Lincoln Center permettent par ailleurs à l’équipe d’Ex Machina de se familiariser avec la culture et les habitudes de travail d’une institution qui célèbre cette année ses 125 ans. «Jusqu’à maintenant, c’est très agréable, note Bernard Gilbert, qui supervise sur place les dernières étapes de réalisation. Par rapport au Met, Ex Machina est une jeune et toute petite maison (le chiffre d’affaires du Met frise les 270 millions $US), mais la relation s’établit d’égal à égal.»

La porte est grande ouverte aux discussions, ce qui ne veut pas dire que tout est facile, car la complexité technique des productions d’Ex Machina peut bousculer certaines habitudes. M. Gilbert reconnaît toutefois qu’il ne s’attendait pas à autant de souplesse, d’ouverture, de transparence et de support. «Peter Gelb (le directeur général du Met) est toujours avec nous sur scène et nous avons une relation très étroite avec Maestro Levine. C’est très stimulant. La maison est reconnue pour ses grandes voix, mais les détails de la mise en scène sont pour eux tout aussi importants.»

Comme tous les projets d’opéra mis en scène par Robert Lepage, le concept de La damnation a été développé à Québec. Les décors ont été construits chez ScèneÉthique, une firme de Varennes spécialisée dans la construction de dispositifs scéniques qui collabore notamment avec le Cirque du Soleil.

Comme La damnation de Faust sera projetée en haute définition sur des centaines d’écrans dans le monde, et quand on sait que la saison dernière, les diffusions ont été vues par près d’un million de personnes, il est clair que ce projet vient donner à Robert Lepage, à Ex Machina et au savoir-faire québécois en général une visibilité sans précédent. À Québec, toutes les salles affichent déjà complet pour la présentation en direct du 22 novembre, mais on peut encore trouver des billets pour la reprise, le 17 janvier.

 
 
 
WEBCAM