LE MOULIN À IMAGES DÉCODÉ

Le samedi 14 juin 2008, François Bourque, Le Soleil

Le processus de création

Une chambre noire. Des rideaux aux murs, ni fenêtres ni horloge, une ampoule au plafond. Défense de déranger. C’est dans ce décor épuré de la Caserne d’Ex Machina qu’est né le Moulin à images.

Deux années de «brainstorming dans le noir», raconte Steve Blanchet, idéateur et concepteur des images, qui a été du projet depuis le début. Une dizaine de séances «intenses», trois ou quatre jours de suite, quelques fois davantage, du matin au soir. Autour de la table, une poignée de créateurs : Steve Blanchet, directeur de la création chez Cossette; Paul Souverbie, spécialiste des «projections architecturales»; Marie Belzile, coordonnatrice ; le musicien René Lussier; Philippe Dubé, muséologue et historien, Mario Brien, directeur technique. Quelques autres.

Steve Blanchet n’avait jusqu’alors passé que quelques heures de sa vie avec Robert Lepage, le temps d’une publicité, d’un logo et d’une promotion pour La Face cachée
de la Lune
. Prendre le risque de nouveaux collaborateurs fait partie de la démarche artistique de Robert Lepage, découvre-t-il.

À la fin des semaines de travail sur le Moulin, chacun repart avec des «devoirs à faire», des recherches, des lectures. Il fallait faire le tour de ce qui était connu de Québec pour s’assurer de ne pas répéter.

À leur retour, quelques mois plus tard, ils rapportent de quoi «nourrir» la réflexion, des «bonnes allumettes». Robert Lepage leur demande un jour d’apporter un «objet signifiant de Québec». Ou les amène dans le ventre de la «machine», chez Bunge. Les mots «iconoscope» et «kaléidoscope» seront brièvement utilisés, mais le nom de «Moulin à images» s’impose rapidement. «C’est le mot qu’on s’est mis à aimer», l’idée de mettre des images dans un moulin, de les moudre et de les faire tourner.

Au sein du «noyau dur de créateurs» il n’y a ni tabous ni chasses gardées. Chacun intervient sur le «terrain» des autres. La philosophie de Lepage, c’est qu’on «ne se prive pas de bonnes idées».

Mais comment reconnaître la bonne idée ? Avec Lepage, on ne sait pas toujours tout de suite. Il faut expérimenter, passer le test de la pertinence, celui de la faisabilité technique. L’historien du groupe doit cautionner les choix artistiques. Lepage perçoit les limites physiques de la Bunge comme des «contraintes créatrices». Son «statement» de départ: «C’est la machine qui parle ; elle va annoncer ses couleurs, nous dira quoi faire».

Le «ronron» des ventilateurs de l’élévateur à grains fera donc partie de l’environnement sonore du Moulin à images, comme le béton et l’acier des silos. Tant pis si cela avait pour conséquence de renoncer à des séquences vidéos. Des images prometteuses «mouraient au combat». D’autres, dont on n’attendait rien, provoquent au contraire «l’effet wow» que cherchent les créateur, décrit M. Blanchet.

En quatre mouvements

Après deux ans de travail, la structure d’une oeuvre en quatre mouvements finit par émerger : quatre chemins pour dire quatre siècles d’histoire. Le chemin de l’eau, le chemin de terre, le chemin de fer et les routes d’air.

Les recherchistes, partis à l’assaut des archives, rapportent des milliers d’images, gravures, peintures, photos et vidéos. Le travail d’assemblage commence au cours de la dernière année.

On construit une grande réplique des silos de la Bunge sur laquelle on teste les images. «Tout le show s’est écrit sur cette maquette», dit Blanchet. «Pour chaque image du show, on en a jeté 100». Depuis quelques mois, on ne fait plus qu’épurer et raffiner.

À quelques jours de la création du Moulin à images, l’oeuvre est achevée. On en est à la «dentelle fine»; couper ici et là, quelques secondes encore. Sachant comment travaille Robert Lepage, il n’est jamais impossible que d’autres ajustements soient apportés en cours de route.

 
 
 
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