Intense et captivant

Le 31 juillet 2015, Yves Leclerc, Le Journal de Québec

Les opéras contemporains sont souvent arides et impénétrables. L’Amour de loin n’est pas le plus mélodique des opéras, mais la proposition de Kaija Saariaho est intense, brillante et envoûtante.

Présenté au Grand-Théâtre de Québec, jeudi, dans une toute nouvelle mise en scène de Robert Lepage, l’opéra de cette compositrice finlandaise est une réussite sur toute la ligne.

Le créateur de la Vieille Capitale n’avait pas tort, lorsqu’il a dit que Kaija Saariaho avait fait entrer l’opéra dans le 21e siècle avec cette oeuvre.

L’Amour de loin, c’est l’histoire d’amour entre Jaufré Rudel, un troubadour, et Clémence, princesse de Tripoli, au 12e siècle, séparés par un océan.

Deux êtres qui ne sont pas heureux, qui ne se sont jamais vus et qui se découvrent par l’entremise d’un Pélerin qui voyage entre l’Occident et l’Orient.

Un troubadour qui jouera le tout pour le tout en allant la rejoindre, qui tombera malade lors de la traversée et qui mourra dans ses bras.

Une mer impressionnante

Une des grandes forces de l’Amour de loin repose dans la qualité du livret d’Amin Maalouf qui décrit, avec précision, les sentiments de doute, d’euphorie, d’incertitude et les questionnements vécus par les trois personnages. Une intensité qui est tellement forte qu’on en retient parfois notre souffle.

Les musiques linéaires, atonales et «engourdissantes» de Kaija Saariaho appuient les émotions ressenties. Douces et envoûtantes pour l’envie et l’amour et dissonantes lorsqu’il y a doute et douleur.

La mise en scène de Robert Lepage tourne autour d’une vingtaines de câbles lumineux qui changent de couleur et qui évoquent les mouvements de la mer, quelques pirogues et une impressionnante passerelle qui se déplace sur des rails.

Tamara Mumford brille

La séquence qui lance le 4e acte est à couper le souffle avec cet océan lumineux qui s’anime de façon pectaculaire et où les chanteurs du Choeur de l’Opéra de Québec sont avalés par les vagues.

Une mer qui scintille et qui amène un effet d’hypnotisme, en symbiose avec des musiques livrées avec aplomb et maîtrise par l’Orchestre symphonique de Québec.

Philip Addis et Erin Wall font du très bon boulot dans la peau de Jaufré Rudel et de Clémence, mais Tamara Mumford brille particulièrement dans le rôle du Pélerin. La mezzo-soprano américaine livre, tout au long de la soirée, de superbes modulations vocales.

L’Amour de Loin n’est pas une oeuvre impénétrable comme pouvait l’être The Tempest, présentée en 2012.

Les amateurs d’airs mélodiques ne trouveront pas leur compte dans cet opéra du 21e siècle, mais l’alliage entre les musiques, les textes et la mise en scène en font un opéra captivant, fascinant et remarquable. Une oeuvre marquante et importante et qui prend toute sa signification sur scène. Un délice.

 
 
 
WEBCAM