Succès pour Eonnagata à la Comète Trio magnifique de doubles

27 novembre 2009, Sophie CARIVEN, L'Union

Trois artistes face à 500 spectateurs. Hier soir le spectacle de Robert Lepage, Eonnagata, a fait salle comble à la Comète.

ILS étaient trois sur la scène de la Comète. Trois à ne faire qu’un. Un seul et unique personnage, ce double Chevalier d’Eon, le premier travesti de l’Histoire qui depuis Louis XV traversa le temps, sans que jamais ne soit révélé avec certitude son sexe.

Invitation au voyage

Dualité des genres déclinée en multiples tableaux, art protéiforme où danse, théâtre et arts martiaux se mêlent avec magie tentant de ne faire qu’un. Mais qu’importe l’unité originelle quand sous les projecteurs les corps sont triples, chacun maîtrisant son art et y invitant l’autre. Car il s’agit bien ici d’une invitation au voyage, comme avait averti Philippe Bachman, directeur de la scène nationale de la Comète.

Robert Lepage, Sylvie Guillem et Russel Maliphant interprètent dans Eonnagata une histoire éparpillée entre la Russie, l’Angleterre et la France, le féminin et le masculin. Fragments épistolaires écrits au sabre si doux qu’il en est musical, à la plume si rude qu’elle en devient phallique. Homme ou femme, homme et femme, les danseurs tour à tour acteurs ou objets redeviennent une ombre.

Et des saillies de ces corps jaillissent poésie et émotion sur le fil fragile de la prouesse technique. Suspendu aux jeux de lumière si subtils qu’ils en assourdissent, le spectateur ne cherche finalement plus qui est qui. Derrière cette table miroir, cette ombre chinoise, ou cette fourrure brodée de lys.

Magnifique trio où le double est un fil rouge qui se multiplie comme autant de membres. Quand le corps sur la table d’autopsie finale délivre le secret que ne révélera pas le spectacle d’Eonnagata.

 
 
 
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