Festival Transamériques - Éonnagata : trois têtes et deux sexes

Le 3 juin 2009, Catherine Lalonde, Le Devoir

Ovation hier soir pour la première nord-américaine d’Éonnagata. Une étrange création à trois têtes, pensée et livrée par Robert Lepage et les danseurs étoiles Sylvie Guillem et Russell Maliphant. Entre le féminin et le masculin, l’Occident et l’Orient, la danse, le théâtre et les arts martiaux.

Partant du chevalier d’Éon, qui se déguisait en femme sous Louis XVI pour cueillir les renseignements et dont la sexualité ambivalente nourrissait les ragots, le trio a tissé une série de tableaux. Comme si le thème n’était pas assez riche, s’y ajoute l’esthétique de l’onnagata, du théâtre japonais traditionnel. Naît de ce drôle de mélange une pièce qui alterne entre la narration des tournants de la vie d’Éon et les scènes de mouvements où les symboles de sa bataille sexuelle s’incarnent. Cette composition en deux temps, marqués par des panneaux noirs coulissants qui assurent les transitions, impose un rythme bancal. Les danses manquent de ressorts à vouloir illustrer des batailles symboliques. La narration tente de rattraper la mise sans illuminer la danse et donne une impression de redite. Le manque de tensions, physique comme dramatique, aplanit l’ensemble.

Et que de symboles, entre Lune et Soleil, bâton, épée et cerceau qu’Éon, naturellement, maîtrise avec autant de grâce. Si les trois interprètes brillent de calme présence, aucun ne semble exploiter son plein potentiel. Et avec autant de talent sur scène, c’est un peu décevant. Oui, Lepage est incarné. Oui, les danseurs portent leur parole avec aisance—et merci, monsieur Maliphant, de livrer le texte en français. Mais la grande force du spectacle est dans la beauté des images composées. Les surprises viennent plutôt des effets des lumières ou d’accessoires que de la charge dramatique.

Les costumes d’Alexander McQueen oscillent entre le magistral, avec kimonos fluides, baleines et corsets, et le ridicule, avec des léotards faussement futuristes. On garde en tête Lepage en travesti, d’une troublante efficacité, le duo Guillem-Maliphant autour de Platon, petit délice, la scène du miroir et le premier combat au bâton livré par le trio. Le solo où Guillem signe une lettre colérique, aussi, est très réussi. De légers pépins techniques ont teinté la soirée: costumes qui débordent de leur cache et bruits hors plateau dévoilaient la machine. Au final, Éonnagata manque de liant, cherche encore sa personnalité et demeure très égal dans sa beauté. Mais le public, hier, en redemandait.

 
 
 
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