«887», de Robert Lepage: une combinaison gagnante

29 avril 2016, Tristan Malavoy, L'actualité

Ce qui s’annonçait comme un bon Lepage se révèle être un grand Lepage!

D’emblée, ça s’annonçait comme un bon Lepage. On le sait, l’homme de théâtre n’est jamais aussi pertinent que lorsqu’il part de lui-même, de son expérience (on pense aux Aiguilles et l’opium et au Projet Anderson, pièces inspirées de son propre rapport à la création et de sa vie amoureuse). La technologie, la mécanique gigogne, indissociables de ses mises en scène, se mettent alors au service d’une trame sentie, qui s’adresse d’abord au cœur, plutôt que de contraindre cette trame à épouser les tours de passe-passe de l’ingénierie scénique ex-machinienne.

En racontant les années 1960-1970 et leur bouillonnement politique à travers les perceptions qu’en avait l’enfant qu’il a été — celui qui vivait avec ses parents, ses deux sœurs et son frère dans un modeste appartement du quartier Montcalm, à Québec —, il conduit le spectateur, avec un degré d’habileté peut-être inégalé dans son œuvre, dans un lieu où mémoire intime et mémoire collective se rencontrent et se contaminent, avec pour point focal le célèbre poème «Speak White» de Michèle Lalonde, que le personnage-Lepage, seul en scène, tente désespérément de mémoriser à la veille d’une soirée commémorant le 40e anniversaire de la Nuit de la poésie, en 1970.

887 s’annonçait comme un bon Lepage; 887 est un grand Lepage, porté par un comédien dont le jeu ne cesse de s’affiner.

 
 
 
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