Théâtre : 887 de Robert Lepage dépasse les attentes

Le 16 septembre 2016, Anne-Josée Cameron

Après Vinci et La face cachée de la lune, Robert Lepage nous revient avec un sixième spectacle solo intitulé 887. Précédée par une critique élogieuse, la présentation de la pièce au théâtre du Trident avait suscité bien des attentes chez les amateurs de théâtre de Québec. Heureusement, ces attentes ont été largement dépassées puisque la première médiatique qui avait lieu jeudi a été un succès.

La mémoire et la figure du père sont au coeur de cette nouvelle création signée et jouée par Robert Lepage. Intitulée 887, la pièce nous présente un Robert Lepage confronté à l’apprentissage d’un poème de Michèle Lalonde, le célèbre Speak White. Incapable de mémoriser le texte, le protagoniste tente par tous les moyens de trouver une façon de se souvenir.

C’est l’occasion rêvée d’une plongée dans la mémoire, dans l’enfance vécue au 887 rue Murray dans le quartier Montcalm à Québec. La pièce se déroule des années 60 aux années 70 et alterne la petite et la grande histoire.

La petite histoire nous entraîne du côté de l’enfance. Les anecdotes se succèdent et brossent le portrait d’une famille canadienne-française dont le père, chauffeur de taxi, est la figure centrale et fantomatique. C’est qu’il n’hésite pas à travailler 18 h par jour afin de subvenir aux besoins de sa famille.

Puis la grande histoire, elle, s’exprime à travers des archives visuelles et écrites. Elle fait référence au mouvement nationaliste, au FLQ, à la venue du général de Gaulle, elle dessine le visage d’un Québec francophone qui relève la tête.

Seul sur scène, Robert Lepage évolue d’abord devant une immense maquette représentant l’immeuble de son enfance, le fameux 887. Les huit familles qui occupent l’édifice nous sont présentées, des anglophones, des francophones et même une famille haïtienne, un aperçu du Québec de l’époque. Cette maquette se transformera au fil du récit et sera tour à tour, immeuble, cuisine, snack-bar.

Connu pour ses talents de scénographe, Robert Lepage ne cesse de se dépasser. La scénographie de 887 tient pratiquement de la magie, on oublie pendant le spectacle les frontières entre le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Il déploie pour nous l’univers visuel qui l’habite et nous émerveille littéralement.

887 est une oeuvre magnifique, bouleversante, touchante, sensible et intelligente. On peut difficilement sortir indemne d’un tel spectacle, la montée dramatique y est parfaite. Quoi dire si ce n’est « encore »?!

 
 
 
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