Un spectacle émouvant et éblouissant

Le 7 mai 2016, Louise Bourbonnais, Journal de Montréal

La dernière création de Robert Lepage, 887, qui a récemment pris l’affiche au TNM est une pièce à la fois éblouissante et nostalgique. Seul sur scène, Robert Lepage réussit à capter l’attention de son public aussi bien par ses propos que son sens de l’imaginaire des plus créatifs.

Disons d’emblée que Robert Lepage est un excellent narrateur. Peu importe ce qu’il a à dire, on aime l’entendre. En fait, ce sont tous les spectateurs d’une salle comble, soir après soir, qui sont suspendus à ses lèvres, tandis que le décor derrière lui se transforme au fur et à mesure que le spectacle évolue, venant appuyer ses propo, grâce à la magie du multimédia.

Il amorcera son spectacle tel un conférencier pour se transformer en quelqu’un d’autre, un grand ami peut-être. Il nous parlera de son enfance en commençant par ses parents, ses frères, ses sœurs, sa grand-mère souffrant d’Alzheimer et même de ses voisins de l’immeuble 887, avenue Murray, à Québec, situé entre le parc des Braves et les Plaines d’Abraham, là où il habitait. Un endroit modeste, qu’il n’a pas cherché à embellir. La présence de canadien-anglais n’est pas bien loin. Utilisant le multimédia et le jeu de caméra, on verra les fenêtres de son immeuble s’illuminer et prendre vie pour d’illustrer ses propos.

Il s’adressera souvent directement au public, tandis qu’à d’autres moments, il donnera la réplique à une personne invisible.

Si Lepage sait raconter des faits historiques avec précision, tel un professeur d’histoire, à l’aide de maquettes et d’objets miniaturisés, il sait aussi bien faire rire. Son sketch avec son ami qui travaille à Radio-Canada sur la narration de biographies de personnalités dont on soupçonne le trépas imminent, que l’on appelle dans le métier «viande froide», est particulièrement amusant.

Faits historiques

Robert Lepage parlera de différents faits qui ont marqué l’histoire, tel l’assassinat de J.F. Kennedy. Mais c’est particulièrement ceux qui se sont inscrits dans l’inconscient collectif du Québec, ceux qui l’ont particulièrement touché, qu’il évoquera davantage. Il parlera de la visite du Général de Gaulle, des bombes du FLQ et de diverses injustices sociales.

Mais ce que l’on retient principalement de 887, un spectacle de deux heures, c’est sa propre histoire, celle de son enfance, faisant notamment mention de certaines institutions scolaires qui sont réservées aux riches et qui, de fait, lui étaient inaccessibles. Il parlera de ses proches et surtout de son père, un homme modeste, un ancien militaire, devenu chauffeur de taxi, aujourd’hui décédé qui travaillait trop pour parvenir à élever sa famille et pour qui il avait beaucoup de respect.

Tel que prévu, le récit du poème, Speak White de Michèle Lalonde qui se veut l’aboutissement du spectacle, qu’il a finalement réussi à apprendre par cœur (on s’en doutait) sera prononcé de façon magistrale, ponctué d’une vibrante émotion, digne d’un très grand acteur.

Une pièce à voir absolument!

 
 
 
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