«Génial!» «Extraordinaire!» «Superbe!» «Ingénieux!» On avait beau demander aux gens ce qu’ils avaient moins aimé, il n’y avait rien, sauf le bruit des voitures qui passaient derrière et les gens qui commentaient chaque image à voix haute.
Au début de la soirée, personne ne savait trop à quoi s’attendre de cette mégaprojection sur les silos de la Bunge. Mais peu importe, tout le monde voulait voir la nouvelle création de Robert Lepage.
Avec une vue imprenable sur les silos, mais aussi sur l’Espace 400e, la rue des Remparts constituait des gradins de choix pour les nombreux citoyens qui avaient choisi cet emplacement pour regarder Le Moulin à images. Pas étonnant que les retardataires aient eu du mal à trouver un point de vue dégagé.
Le vrai début du 400e
Parmi les spectateurs rencontrés après la projection par Le Soleil, plusieurs n’ont pu s’empêcher de comparer le spectacle du 31 décembre au Moulin à images. «Là, au moins, on avait vraiment l’impression qu’on fêtait le 400e, qu’on célébrait notre histoire. Et c’était formidable!», dit Gilles Gagnon, 58 ans, qui avait défoncé l’année à la place D’Youville, mais avait été très déçu du concept de Denis Bouchard et de la logistique de l’événement.
Patrick Bacon, 33 ans, qui était venu avec plusieurs amis vendredi, a été charmé par la manière dont Robert Lepage a abordé l’histoire de Québec. En l’occurrence par les quatre «chemins» — eau, terre, fer, air — par lesquels passaient les visages et les événements de nos quatre siècles. «Le côté mécanique, industriel, mélangé à l’action historique de Québec, dit-il, j’ai trouvé ça très bon comme amalgame.»
Venu passer quelques semaines de vacances au Québec avec sa femme, Fabien Guillot, un Français de 37 ans, était impatient de voir l’œuvre de Lepage, dont il connaissait la réputation internationale. Fasciné par l’histoire québécoise, il a été touché par le chevauchement des drapeaux français et britanniques sur les silos. «C’est une façon simple et bouleversante d’illustrer le conflit et l’influence de ces deux héritages au Québec», dit-il.
Résidant près de la rue des Remparts, Sylvie Thibodeau, 47 ans, et Brigitte Jomphe, 45 ans, avaient déjà eu quelques aperçus du Moulin à images, notamment de la séquence avec le cheval. «De la part de Robert Lepage, je m’attendais à plus que de l’extraordinaire, dit la première. Et je n’ai pas été déçue.»
Vendredi soir, elles ont entre autres craqué pour les lampions allumés et les munitions disposées sur chaque silo. Les deux femmes ont aussi aimé le clin d’œil à l’effondrement d’une partie du pont de Québec. «Ce n’était pas facile, il (Robert Lepage) fallait qu’il choisisse dans 400 ans d’histoire, et il a réussi à faire quelque chose qui nous ressemblait. En tout cas, moi, je trouve que ça me ressemble», dit Mme Thibodeau.
Au-delà de l’histoire, les spectateurs rencontrés ont été impressionnés par la prouesse technique du Moulin à images. Maxime Lapierre, 17 ans, qui était venu voir la projection avec ses parents, ne pensait pas que les images et le son seraient aussi clairs. «On aurait dit qu’on était dans une immense salle de cinéma en plein air!» illustre-t-il.
Marc Duchesne, 32 ans, et Caroline Bégin, 35 ans, étaient venus voir Le Moulin à images avec leur petit chien saucisse, Shwartz. Ils s’attendaient eux aussi à du grand Robert Lepage, et ils ont été comblés à tous les points de vue. M. Duchesne est guide touristique à Québec et il compte faire du Moulin à images une activité incontournable pour les touristes qu’il accompagne dans la capitale.
En ce qui le concerne, il conclut de la même manière que tous ceux qui se trouvaient sur la rue des Remparts durant ces 40 fabuleuses minutes, vendredi soir. «C’est sûr qu’on va y retourner plus qu’une fois durant l’été.»